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Présentation du Rapport INSERM : Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de la sophrologie (2020)


Type de document : Actes de congrès
Auteur(s) : Ben Khedher Balbolia, S.
Congrès : Douleur provoquée par les soins - 16ᵉ journée de l'A-CNRD
Date : 14/10/2021
Lieu : Espace Charenton, Paris

Mots clés : sophrologie / évaluation / efficacité / sécurité / Journée de l'A-CNRD


Notes : Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des populations (CESP), Unité INSERM 1178 Santé publique et santé mentale. Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de la sophrologie – rapport d’expertise préparé par Soumaya Ben Khedher Balbolia, Aminata Ali, Christine Hassler, Caroline Barry et Bruno Falissard, Paris, 2020, P (163).
Rapport INSERM : Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de la sophrologie (2020)
Soumaya Ben Khedher Balbolia MD, PhD
Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM)


Résumé
La sophrologie est une pratique psychocorporelle s’appuyant sur des techniques de relaxation associées à des exercices de respiration et à de l’évocation positive, créée et développée en 1960 par Alfonso Caycedo (1932-2017). D’après son fondateur, la sophrologie est « l’étude de la conscience en équilibre » (Alfonso Caycedo, 1972).
La pensée sophrologique puise son influence dans différents courants philosophiques et psychologiques comme la philosophie phénoménologique. Sa méthodologie et ses concepts épistémologiques ont pour source, sans pour autant être confondus avec, les techniques de l’hypnose et de relaxation, les disciplines orientales comme les procédés mentaux du yoga, du bouddhisme et du Zen. Elle demeure, cependant, une méthode laïque sans lien avec les spiritualités des approches dont elle s’inspire.
La définition de la sophrologie a évolué depuis sa création avec l’évolution de sa méthode. Il existe aujourd’hui deux courants principaux en sophrologie :
  • Celui fidèle au fondateur considérant que la sophrologie, en tant que pédagogie de l’existence, ne se situe pas dans le champ de la thérapie, mais dans celui de l’accompagnement et dont les bases théoriques ont évolué depuis la création de la sophrologie en 1960 jusqu’à 1995 avec la création de la Sophrologie Caycédienne appelée Méthode Caycedo.
  • Et une sophrologie généraliste, dont les fondements théoriques se basent sur les principes de la création originelle de la sophrologie (avant 1995) et se considérant comme thérapie.
De ce fait, il n’existe plus une mais des sophrologies tant d’un point de vue théorique que pratique.
La sophrologie se propose de soulager un grand nombre de troubles, certains fonctionnels (acouphènes), d’autres psychologiques (anxiété), ou encore d’accompagner des patients atteints de maladies nécessitant des traitements lourds (cancérologie). La sophrologie est assez largement implantée dans le paysage sanitaire français, ce qui rend la question de son évaluation particulièrement sensible.
En France, la formation des sophrologues et leur activité ne sont pas encadrées par des textes de lois et ne sont pas régies par le code de la santé publique. L’offre de formation est très hétérogène et fonction des différents courants et idéologies de la sophrologie. Bien qu’elle soit une pratique de plus en plus populaire avec une offre d’accompagnement en ville, en entreprise ou même au sein d’établissements hospitaliers, les données démographiques manquent pour quantifier et caractériser le recours à la sophrologie en France.
Concernant l’efficacité de la pratique : malgré un engouement et un intérêt croissant pour la recherche en sophrologie, l’interrogation de la littérature scientifique médicale et la consultation des documents fournis par les sophrologues n’ont permis de mettre en évidence que très peu d’études publiées évaluant l’efficacité de la sophrologie avec une méthodologie rigoureuse de type essai clinique comparé dans des journaux à comité de lecture.
Trois études ont été retenues couvrant trois indications :
  • la prise en charge de l’asthme de l’enfant,
  • la prise en charge de la fibromyalgie
  • et la prise en charge du stress chez le sujet sain.
La revue des données d’efficacité montre des effets cliniques modérés voire absents. Aucune étude évaluant l’efficacité de la sophrologie dans la prise en charge de la douleur n’a été retenue.
Concernant la sécurité de la pratique : aucune étude n’a eu comme objectif principal d’étudier la tolérance de la pratique. On pourrait supposer que les risques d’évènements indésirables secondaires à la pratique de la sophrologie sont faibles. On ne peut cependant pas exclure leur existence. Ils peuvent être évalués de la même manière que les risques associés aux pratiques conventionnelles.
L’évaluation d’un soin relève d’un long processus, aux nombreuses étapes, chacune contrainte par des enjeux éthiques et méthodologiques forts. Décrire le soin (formation des soignants, contenu des séances ou des produits utilisés) ; expliquer son mécanisme d’action ; étudier son efficacité sur les patients à l’aide d’études qualitatives et quantitatives, ces dernières imposant souvent de comparer des groupes de sujets dont les prises en charges sont tirés au sort ; rechercher avec vigilance ses effets nocifs, souvent sous-estimés : voilà les étapes que toute intervention en santé, qu’elle soit médicamenteuse, chirurgicale ou relevant des « Interventions Non Médicamenteuses » (INM) devrait suivre avec le sérieux méthodologique qui s’impose.
En 2020, la sophrologie ne peut prétendre avoir abordé une seule de ces étapes. Les formations sont hétérogènes, peu encadrées. Le mécanisme d’action de la sophrologie est certes décrit avec force précisions dans de nombreux textes, la théorie sous-jacente n’en est pas moins toujours largement spéculative. Quelques études se sont penchées sur la question de l’efficacité de la sophrologie, trop peu sont méthodologiquement convaincantes et leurs résultats trop hétérogènes pour que l’on puisse affirmer ou infirmer une quelconque efficacité. Enfin, la question des effets indésirables reste en suspens. Les craintes sont certes limitées, mais, par principe, il n’est pas acceptable de rester dans le doute dans ce domaine.
Une telle absence de données d’évaluation est particulièrement regrettable pour un soin aussi répandu. Il est difficile d’en blâmer la seule communauté des sophrologues. Rien n’est en effet organisé à l’échelon national pour aider les praticiens usant d’interventions non médicamenteuses à se lancer dans une démarche évaluative digne de ce nom. À noter cependant que dans les toutes dernières années un grand nombre d’initiatives isolées ont vu le jour et ont réussi à obtenir des financements pour mieux comprendre et apprécier l’effet de la sophrologie. Il est ainsi possible que dans quelques années l’intérêt de la sophrologie, thérapeutique qui semble susciter un certain engouement, pourra être apprécié sur des bases plus rationnelles.

Pour consulter le rapport : https://www.inserm.fr/wp-content/uploads/2021-02/inserm-rapportthematique-sophrologie-2021.pdf


Le contenu de ce rapport a été rédigé et édité par le Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des Populations (CESP) de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM).



Pour se renseigner sur cette publication ou toute autre activité de l’Unité, s’adresser à :



Pr Bruno Falissard

UMR 1178 "Santé Mentale et Santé Publique"

Maison de Solenn

97 Bld de Port Royal 75679 Paris cedex 14

Tel : 01 58 41 28 48



Centre de Recherche en Epidémiologie et Santé des populations (CESP), Unité INSERM 1178 Santé publique et santé mentale. Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de la sophrologie – rapport d’expertise préparé par Soumaya Ben Khedher Balbolia, Aminata Ali, Christine Hassler, Caroline Barry et Bruno Falissard, Paris, 2020, P (163).



Notice n° 8965, créée le 15/09/2021, mise à jour le 20/04/2023