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La toilette sous MEOPA chez la personnes âgée


Type de document : Actes de congrès
Auteur(s) : Capriz, F.
Congrès : Douleur provoquée par les soins - 17ème journée de l'A-CNRD
Date : 13/10/2022
Lieu : Espace Saint Martin, Paris

Mots clés : MEOPA / toilette / personne âgée / douleur provoquée par les soins / CNRD / Journée



La toilette sous MEOPA chez la personne âgée


Dr. Françoise Capriz
Gériatre, Université Côte d’Azur, CHU de Nice, Service de Gérontologie Clinique, Nice (06)







L’expression de la douleur est souvent atypique dans les âges avancés (troubles du comportement, latence d’expression ou apparente inexpressivité) et les douleurs procédurales, bien que délétères, trop souvent minimisées (1,2). Or les soins relevant de l’hygiène et du confort sont insuffisamment identifiés comme pouvant susciter aussi anxiété et douleur, malgré les résultats de l’étude REGARDS du CNRD présentés en 2011 (3) : cette enquête épidémiologique, multicentrique et observationnelle sensibilisait déjà aux gestes douloureux du quotidien, notamment lors des soins d’hygiène effectués auprès de personnes âgées en majorité « non communicantes » et la plupart du temps sans analgésie anticipée. Dans ces douleurs induites, la composante anxieuse est constamment associée à la douleur. Il faut donc rompre la spirale « peur-douleur » banalisée lors des soins journaliers. La volonté de prévenir la douleur ne peut qu’être anticipée par le soignant dans ce contexte et non pas tentée d’être contrôlée lors de l’exécution du soin. Car il est déjà trop tard (1).

Le MEOPA (4) répond parfaitement aux exigences de maitrise d’une toilette douloureuse, soin toujours limité dans le temps. Il induit une sédation consciente liée à son activité antalgique de surface et son anxiolyse, une euphorie et une amnésie légère, d’où la recherche d’une sensation de bien-être. Son induction et sa réversibilité rapides le rendent flexible d’utilisation.

Face à des troubles du comportement en lien possiblement avec une douleur, une évaluation avec un outil adapté (5,6) comme ALGOPLUS est nécessaire. Le soignant peut alors devoir reporter une toilette, d’où la nécessité d’une certaine souplesse des organisations IDE et AS et de remise en question du savoir-faire. Il faut aussi s’intéresser au cri déclenché par la toilette, qui est un mode de communication primaire souvent rattaché à une « souffrance » avec son cortège de réactions émotionnelles. Dans ces deux situations, le MEOPA peut servir de test thérapeutique antalgique lors du soin, permettant aussi de maitriser la culpabilité des soignants quand ils sont à l’origine de douleurs procédurales indues.

Cependant, le MEOPA reste un médicament relevant d’une prescription médicale, et son utilisation nécessite une formation courte de la part des soignants (7,8). Mais la présence médicale n’est pas obligatoire ensuite pour la réalisation du soin, laissé à l’initiative des soignants. La surveillance du taux de vitamine B12 ou sa supplémentation en cas de carence sont impératives pour le patient, en lien avec l’activité de « ce médicament ».

Sur un plan organisationnel, au tout début, le maître mot est « de laisser apprivoiser » le matériel par la personne âgée, notamment le masque qui peut effrayer car maintenu sur le visage, et entrainer un rejet parfois bruyant. La présentation initiale de la technique se limite donc au masque en l’amenant en douceur, afin de laisser la personne âgée le manipuler, respirer avec… et l’adopter. Prendre le temps au début permet d’économiser le temps ensuite. La recherche de la coopération d’une personne âgée est intéressante car celle-ci n’est plus un objet de soin, mais devient un partenaire du soin. En cas d’échec, il ne faut pas insister afin de ne pas induire une mémorisation de l’instant lié à un affect trop violent, mais prévoir des essais ultérieurs, un refus initial ne présageant pas de son acceptation future car les troubles neurocognitifs ont ceci pour eux qu’ils modifient la notion d’espace-temps du quotidien et amènent à l’oubli.

Chez un patient grabataire, l’installation confortable, le calme et la réassurance sont des points forts à l’acceptation de cette technique. Si on respecte le calme dans la chambre en ayant anticipé les besoins de matériel pour la toilette, un contact apaisé avec le patient peut être maintenu, garant de l’efficacité du MEOPA.
Par ce partenariat soignant/soigné, on change le regard porté sur la démence, la vieillesse et la douleur lors des soins du quotidien.

Bibliographie :


(1) Capriz F. La douleur dans les soins en EHPAD. Rev Geriatr, 2020; 45 : 147-152

(2) Capriz F. Vulnérabilité du patient âgé douloureux chronique – pourquoi la reconnaître ? Douleurs: Evaluation - Diagnostic – Traitement, 2022; 23(2) : 60-65

(3) Galinski M, Cimerman P, Thibault P, Annequin D, Carbajal R. et le groupe "REGARDS". Etude REGARDS (Recueil épidémiologique en Gériatrie des Actes Ressentis comme Douloureux et Stressants). in : Douleur provoquée par les soins, 6ème Journée du CNRD; 2011; PARIS

(4) Capriz F, Couderc AL, Sakarovitch C , Del Cont D , Mailland-Putegnat V , Guerin O. Utilisation du Mélange Equimolaire Oxygène – Protoxyde d’Azote (MEOPA) en Gériatrie, chez le patient âgé dément. Résultats d’un protocole de recherche Programme « Soigner, Soulager, Accompagner » Fondation de France - Promotion permanente 2008. Douleurs : Evaluation - Diagnostic – Traitement, 2015 ; 16(6) : 282-291

(5) Chapiro S. Évaluation de la douleur de la personne âgée. Douleurs : Evaluation - Diagnostic – Traitement, 2021, 22 (3) : 133-139

(6) Capriz F, Michel M, Collectif Doloplus, Rat P, Guillaume C. Évaluation de la douleur dans le grand âge : où en sommes-nous en 2021 ? Rev Geriatr 2021 ; 46 (8) : 479-87

(7) Capriz F, Chapiro S, David L, Floccia M, Guillaumé C, Morel V, Berlemont C, Pickering G. Consensus multidisciplinaire d’experts en douleur et gériatrie : utilisation des antalgiques dans la prise en charge de la douleur de la personne âgée (hors anesthésie). Douleurs : Evaluation - Diagnostic – Traitement, 2017; 18(5) : 234-245

(8) Capriz F, Leneez S, Marteu A. Les nouveautés concernant la prise en charge de la douleur chez le sujet âgé. Soins Gerontol, 2021, 147 : 25-31


Notice n° 9768, créée le 30/09/2022, mise à jour le 11/04/2023